Décarbonation du transport frigorifique : la location comme rampe d’accès à l’électrique ?
L’expérimentation menée autour d’un porteur électrique MAN eTGS de 26 tonnes exploité par Sofrilog, avec Fraikin comme partenaire locatif, dépasse le simple cadre d’un test produit. Elle met en lumière une évolution plus structurelle dans la manière dont les transporteurs peuvent aborder la transition énergétique, particulièrement dans des métiers réputés complexes à électrifier comme la chaîne du froid.
Déployé sur des tournées urbaines et régionales pour la distribution alimentaire de proximité, ce véhicule bi-température équipé d’une carrosserie CHEREAU et d’un groupe froid Frigoblock connecté à la haute tension du porteur vient démontrer la pertinence technique de l’électrique pour des opérations frigorifiques exigeantes. Au-delà des performances affichées – autonomie, maintien du froid négatif, adaptation aux contraintes d’hypercentre – l’intérêt du projet réside dans sa méthode : tester avant d’investir.

L’électrique frigorifique sort du démonstrateur
Le transport sous température dirigée a longtemps été considéré comme l’un des segments les plus difficiles à convertir à l’électrique, en raison du cumul des besoins énergétiques : propulsion, froid embarqué, charge utile et contraintes de tournée.
Avec une architecture de 400 kWh nets et une interface haute tension alimentant directement le groupe frigorifique, le MAN eTGS engagé dans ce test illustre l’évolution technologique en cours. Après avoir démontrer la faisabilité technique, il est potentiellement question de reproductibilité économique. Pour les acteurs du transport frigorifique, c’est là que se joue la prochaine étape : transformer des prototypes convaincants en solutions de flotte.
La location comme outil de dé-risquage
C’est probablement sur ce point que le partenariat entre Fraikin et Sofrilog soulève une réflexion plus large. Dans un moment où le surcoût d’acquisition d’un porteur électrique demeure élevé, où les modèles d’exploitation restent à consolider et où la valeur résiduelle interroge encore, la location peut apparaître comme un instrument de dé-risquage. Plutôt qu’un simple mode de financement, elle devient ici un outil d’apprentissage.
Tester un véhicule dans son schéma réel d’exploitation donne la possibilité au transporteur de mesurer plusieurs variables critiques avant un engagement capacitaire plus lourd :
- adéquation entre autonomie réelle et missions ;
- comportement du groupe froid sous différentes charges ;
- impacts sur les plans de transport ;
- organisation de la recharge ;
- acceptabilité opérationnelle côté conducteurs et exploitants ;
- coût total d’exploitation en conditions terrain.
Cette logique peut intéresser bien au-delà du seul secteur frigorifique. Car pour de nombreux transporteurs, le frein à l’électrification n’est pas toujours technologique ; il est souvent lié au risque de se positionner pertinemment au niveau des investissements liés au transport.
Une relation loueur-transporteur qui change de nature ?
Le test pose aussi une question plus stratégique : le rôle du loueur évolue-t-il vers celui d’accélérateur de transition ? Historiquement positionnés sur le financement et la gestion de parc, les grands loueurs cherchent de plus en plus à se placer en accompagnateurs des transformations énergétiques (lire à ce propos l’itv d’Olivier Vergues, directeur commercial et marketing de Fraikin France). Infrastructure, télématique, conseil TCO, essais longue durée : leur proposition de valeur se déplace. Avec cet éclairage, la relation entre le loueur Fraikin et un opérateur comme Sofrilog peut être lue comme une forme de partage du risque de la transition.
Le transporteur accède à une phase d’expérimentation sans immobiliser immédiatement du capital. Le loueur, de son côté, capitalise sur des retours d’usage pour structurer ses futures offres. Le constructeur bénéficie d’une validation terrain pour affiner ses solutions.
Ce triptyque constructeur-loueur-transporteur pourrait devenir un modèle de diffusion pour les technologies bas-carbone, notamment concernant des usages spécialisés.
Vincent MAHE pour Truckeditions
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