Électrification des poids lourds : la mission flash met à l’épreuve toute la filière transport
La décarbonation du transport routier de marchandises entre dans une phase opérationnelle. Lancée début 2026 par la commission du développement durable de l’Assemblée nationale, la mission flash sur la décarbonation des poids lourds vise à identifier, en trois mois, les leviers concrets pour accélérer la transition énergétique du secteur, nous connaîtrons bientôt les retours de cette session d’interrogation des professionnels de la filière.
Sur le terrain, la visite du site du groupe Malherbe, en Normandie (Vironvay), offre une lecture directe des contraintes opérationnelles, entre organisation logistique, déploiement des infrastructures et équilibre économique encore fragile.
Une mission parlementaire au croisement des enjeux de la filière
Portée par Jean-Marie Fiévet et Gérard Leseul, la mission repose sur un format court destiné à produire rapidement des recommandations opérationnelles. Elle s’appuie sur des auditions d’acteurs de la filière et sur des observations terrain afin de confronter les objectifs nationaux aux réalités d’exploitation.
Menée sur une durée de trois mois, elle vise à identifier des leviers à la fois efficaces et réalistes, en s’intéressant aux solutions disponibles — électrification, carburants alternatifs — mais aussi aux évolutions nécessaires des infrastructures et aux freins économiques rencontrés par les acteurs.
Un axe structurant concerne l’évolution du cadre réglementaire, avec l’intégration progressive des chargeurs dans l’effort de décarbonation. Une trajectoire est envisagée entre 2026 et 2035, avec une montée en charge du recours à des poids lourds zéro émission, de 0,5 % à 30 %, marquant un basculement du modèle économique du secteur.
Transporteurs : le terrain comme laboratoire de la transition
Le groupe Malherbe illustre une mise en œuvre concrète de l’électrification. Avec une cinquantaine de véhicules Renault Trucks et Volvo Trucks, et six stations déployées par Autorecharge, l’entreprise structure ses flux autour d’une organisation intégrant la recharge dans les plans de transport.
Sur le site de Vironvay, les députés ont observé un dispositif reposant sur des relais logistiques permettant d’atteindre jusqu’à 800 kilomètres par jour par véhicule, avec des niveaux d’exploitation pouvant aller jusqu’à 18 heures quotidiennes.
« Nous avons un an de recul, nous sommes équipés de 50 véhicules et nous voyons que le modèle est pérenne et correspond à l’attente de nos clients », explique Antony Hervé, directeur des opérations – groupe Malherbe. Cette organisation vient optimiser l’utilisation des véhicules tout en sécurisant les opérations, mais elle impose une transformation profonde des schémas logistiques.
Énergéticiens et infrastructures : le verrou de la recharge
Le développement des infrastructures constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à l’accélération de l’électrification. Le modèle repose majoritairement sur des stations en dépôt, faute d’un réseau en itinérance suffisamment structuré.
Le corridor déployé par le groupe Malherbe repose sur des stations équipées d’un poste de transformation d’environ 1 MW et de huit points de charge, dont deux à haute puissance pouvant atteindre 400 kW chacun.
Ces infrastructures permettent de maîtriser l’énergie et d’assurer la continuité des opérations. Mais leur déploiement reste contraint par les délais de raccordement et de mise en service, qui peuvent dépasser une année entre le lancement d’un projet et sa mise en exploitation.
« Nous sommes sur un marché encore en construction, il faut lui laisser le temps de se structurer », souligne Émeric de Bodinat, président Autorecharge. Dans ce contexte, l’ouverture de ces stations à d’autres transporteurs apparaît comme un levier structurant, permettant de mutualiser les usages et d’améliorer la rentabilité des investissements.
Constructeurs : une accélération technologique en cours
En parallèle, les constructeurs jouent un rôle déterminant dans la transition. Les nouvelles générations de poids lourds électriques offrent des autonomies en progression et des capacités de recharge compatibles avec des usages intensifs. Cette évolution va progressivement rapprocher les conditions d’exploitation des standards du thermique, tout en réduisant progressivement l’écart opérationnel.
Toutefois, ces avancées s’inscrivent dans des cycles industriels longs, nécessitant des volumes suffisants pour faire baisser les coûts et sécuriser les investissements.
Économie du transport : un modèle à rééquilibrer
Malgré les progrès techniques, l’équation économique reste un frein majeur. Le coût d’acquisition des véhicules constitue le principal point de blocage.
« Le véhicule électrique coûte à peu près deux fois plus cher qu’un véhicule diesel courant », rappelle Jean-Marie Fiévet, député des Deux-Sèvres .
L’électrification entraîne un surcoût global du transport estimé entre 5 et 12 %, difficilement absorbable par les seuls transporteurs. Aussi, la transition implique une évolution des relations avec les donneurs d’ordre. L’intégration progressive des chargeurs dans les obligations de décarbonation pourrait redistribuer les responsabilités et favoriser un partage plus équilibré des coûts.
La maîtrise du coût énergétique devient également un levier clé. Le développement de stations internes permet de sécuriser les prix de l’électricité, tandis que leur ouverture à d’autres transporteurs peut améliorer leur taux d’utilisation et réduire les coûts unitaires, c’est la démonstration du groupe Malherbe, ici. Mais cet équilibre reste dépendant d’un facteur critique : la capacité du réseau à fournir rapidement et durablement l’énergie nécessaire.
Une filière à structurer pour changer d’échelle
Aujourd’hui, les poids lourds électriques représentent à peine 2 à 3 % des flottes, loin de l’objectif de 14 % fixé à horizon 2030. La mission flash met en évidence une réalité : la décarbonation du transport routier dépend de la coordination de l’ensemble des acteurs de la filière.
Transporteurs, énergéticiens, constructeurs, chargeurs et institutions doivent évoluer de manière simultanée pour permettre un passage à l’échelle. Les retours terrain contribuent à ancrer les objectifs nationaux dans des réalités opérationnelles et à identifier les leviers réellement activables à court terme.
La transition est engagée, mais son accélération dépend désormais de la capacité collective à structurer un modèle cohérent, à la fois économique, industriel et opérationnel en phase avec les budgets et les différences d’échelle.
Plus d’informations à propos de Autorecharge
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En quoi consiste la Mission flash sur la décarbonation des poids lourds ?
Intervenants dans ce reportage video Truckeditions.com : Emeric de BODINAT, Président Autorecharge – Jean-Marie FIÉVET, Député des Deux-Sèvres – Antony HERVÉ, Directeur des Opérations – Groupe Malherbe – Gérard LESEUL, Député de la Seine-Maritime.
Réalisation Vincent Mahé – Directrice de production Catherine Mahé Godeloup – Production exécutive Lampyris Production – Musique Motion Array : MA_IGAMP3_GalacticDiscoveries_Main.wav. Truckeditions 2026©.
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