Nexenture : structurer les interactions internes pour engager les collaborateurs du transport
Entretien avec Maxime Vignon, fondateur et dirigeant de Nexenture
Depuis plusieurs années, le transport routier accélère sa transformation numérique, notamment autour des outils de télématique et de gestion d’exploitation. Pourtant, dans de nombreuses entreprises, la circulation des informations reste encore largement fragmentée entre conducteurs, exploitation, atelier et fonctions support.
Dans un secteur où l’isolement des équipes terrain constitue une réalité quotidienne, la qualité des échanges internes influence directement la coordination opérationnelle, la réactivité et le sentiment d’appartenance.
Spécialisée dans l’organisation des interactions internes, l’entreprise lyonnaise Nexenture développe depuis seize ans des solutions destinées à structurer ces flux d’information. Après des déploiements dans la banque, le retail et les ESN*, la société accompagne désormais des transporteurs dans l’évolution de leurs pratiques.

Entretien réalisé par Catherine Mahé Godeloup pour Truckeditions
Truckeditions : Pouvez-vous nous présenter Nexenture et nous expliquer ce qui vous a conduit vers le transport routier ?
Maxime Vignon, CEO Nexenture :
« Nexenture existe depuis seize ans. L’entreprise est basée à Lyon et compte aujourd’hui une trentaine de collaborateurs pour un chiffre d’affaires proche de 3 millions d’euros.
À l’origine, nous travaillions principalement avec la banque, le retail et les entreprises de services numériques. Le transport routier est devenu plus récemment un axe de développement, avec une trentaine de clients actuellement.
Notre sujet de fond porte sur les interactions internes : comment les informations circulent dans une organisation, comment elles se transmettent et comment elles sont exploitées. C’est un aspect finalement assez peu structuré dans beaucoup d’entreprises. Un dirigeant sait généralement décrire son organigramme, mais beaucoup plus rarement expliquer précisément comment les échanges se font entre les équipes.
Nous sommes partis du constat qu’une mauvaise circulation des informations produit rapidement des effets très concrets : pertes de temps, erreurs, manque de coordination. À l’inverse, lorsque les échanges deviennent plus fluides, les collaborateurs gagnent en efficacité et se sentent davantage intégrés dans le fonctionnement de l’entreprise. Dans le transport, cette question prend une dimension particulière. Un conducteur peut passer plusieurs jours seul sur la route. S’il n’existe pas de lien régulier avec l’entreprise, il finit parfois par travailler “à côté” du collectif plus qu’à l’intérieur. Nous avons toujours intégré cette dimension humaine dans nos projets. »
Truckeditions : Vous vous positionnez comme spécialiste du management par l’engagement. Comment cette approche se traduit-elle concrètement dans les entreprises que vous accompagnez ?
Maxime Vignon :
« Les modèles très descendants fonctionnent de moins en moins bien. Pendant longtemps, le management consistait surtout à transmettre des consignes et des objectifs. Aujourd’hui, les collaborateurs attendent davantage d’interactions et de reconnaissance.
Notre approche consiste à organiser les échanges pour faire remonter les initiatives du terrain. Dans les réseaux bancaires par exemple, nous travaillons sur des dispositifs où les équipes partagent leurs résultats, leurs pratiques commerciales ou leurs retours d’expérience. Une partie importante du contenu consulté par les collaborateurs provient alors directement de leurs collègues.
Dans le retail, nous avons observé une autre réalité : certains salariés, notamment les profils en CDD ou à temps partiel, restent quasiment invisibles dans les systèmes internes. Ils ont une fiche de paie, mais pas forcément d’adresse e-mail professionnelle ou d’espace d’expression identifié.
Le fait de leur attribuer un compte nominatif change déjà beaucoup de choses. Ils peuvent remonter un problème en magasin, signaler une anomalie de prix, partager un retour client ou faire circuler une information utile vers les bonnes équipes. Cette logique fonctionne aussi dans le transport. Les conducteurs disposent d’une connaissance très fine du terrain, mais cette expérience reste souvent peu exploitée si les outils ne facilitent pas les remontées d’information. »
Truckeditions : Quels sont aujourd’hui les principaux cas d’usage dans le transport routier ?
Maxime Vignon :
« Les usages sont très opérationnels et concernent d’abord le quotidien des conducteurs.
Concernant la maintenance, par exemple, un conducteur peut signaler immédiatement un bruit anormal ou un voyant inhabituel depuis son téléphone, joindre des photos et transmettre le tout directement à l’atelier. Celui-ci peut alors préparer l’intervention ou commander une pièce avant même le retour du véhicule.
Nous travaillons également sur les états des lieux de prise de service, avec photos et contrôle visuel du véhicule. Cela permet de sécuriser certaines procédures tout en apportant davantage de traçabilité.
Les sujets RH représentent aussi une part importante des usages : demandes de congés, acomptes, transmission d’arrêts de travail ou démarches administratives diverses. Beaucoup d’entreprises cherchent encore à fluidifier ces échanges.
La gestion des sinistres constitue un autre exemple intéressant. Aujourd’hui, dans beaucoup de structures, une déclaration repose encore sur des appels ou des photos envoyées par SMS. Le problème, c’est que chaque acteur reçoit une partie des informations : l’exploitation, l’atelier, l’assurance ou la direction ne disposent pas forcément du même niveau de visibilité au même moment.
Nous avons également vu émerger des besoins plus transverses, comme les échanges entre conducteurs sur les conditions de circulation ou certaines zones à risque. Enfin, plusieurs clients travaillent avec nous sur l’intégration des nouveaux arrivants. Chez TVE Logistique notamment, un parcours digitalisé a été mis en place pour accompagner les premiers jours des conducteurs recrutés. L’entreprise a communiqué sur une réduction importante des démissions très rapides après embauche, ce qui reste un sujet majeur dans le secteur. »




Truckeditions : On pourrait qualifier votre solution de réseau social d’entreprise orienté métier. En quoi votre approche se distingue-t-elle des outils déjà présents sur le marché ?
Maxime Vignon :
« La comparaison revient souvent, mais elle est un peu réductrice. Les réseaux sociaux d’entreprise fonctionnent généralement comme des espaces d’échange relativement ouverts : on met un canal à disposition et chacun s’organise ensuite comme il le souhaite. Dans beaucoup de cas, cela finit par reproduire les mêmes difficultés que les e-mails ou les groupes WhatsApp.
Notre approche repose davantage sur la structuration des échanges. Nous travaillons sur les circuits d’information : qui partage quoi, avec qui, dans quel contexte et pour quel usage.
Cette dimension est importante parce qu’elle conditionne ensuite la manière dont les informations sont exploitées. Une donnée utile, si elle arrive trop tard ou à la mauvaise personne, perd immédiatement une partie de sa valeur.
Nous accompagnons donc les entreprises dans cette organisation. La technologie seule ne suffit pas ; il faut aussi définir un cadre cohérent avec les réalités du terrain. La question de la confidentialité s’inscrit dans cette logique. Les accès sont cloisonnés selon les besoins, et certains secteurs demandent des niveaux de contrôle très élevés. En banque par exemple, nous avons développé des mécanismes capables de détecter certains contenus sensibles avant publication.»
Truckeditions : Les transporteurs sont déjà largement équipés en outils de télématique et de maintenance prédictive. Comment vous positionnez-vous par rapport à ces solutions ?
Maxime Vignon :
« Nous sommes clairement dans une logique complémentaire. Les outils télématiques remontent énormément de données techniques : consommation, comportement de conduite, alertes mécaniques, géolocalisation… Ces informations sont indispensables et les éditeurs spécialisés disposent d’une vraie expertise.
Notre rôle intervient sur une autre dimension : celle du retour terrain. Un conducteur peut ressentir une anomalie avant qu’un capteur ne détecte quoi que ce soit. Il peut aussi signaler un incident, une difficulté opérationnelle ou un événement imprévu.
L’idée n’est donc pas de remplacer les systèmes existants, mais de connecter les différentes sources d’information.
C’est pour cette raison que nous travaillons beaucoup via API. Une information peut être saisie dans notre environnement puis transmise vers l’outil le plus pertinent pour son traitement. Dans le transport, notre portefeuille clients va aujourd’hui d’une cinquantaine à environ 3 000 véhicules, avec une majorité d’entreprises situées entre 100 et 500 camions. Dans les groupes les plus importants, les enjeux d’interconnexion deviennent encore plus centraux. »
Truckeditions : Si je suis transporteur avec 400 véhicules, comment se déroule concrètement la mise en place de votre accompagnement ? Et quel est le modèle économique ?
Maxime Vignon :
« Nous travaillons avec une logique de long terme. Ce type de projet touche à l’organisation quotidienne de l’entreprise ; il ne peut pas fonctionner comme un simple déploiement logiciel standardisé.
La première étape consiste donc à comprendre les usages existants : comment les équipes communiquent, où se situent les points de friction, quels flux nécessitent d’être clarifiés.
Nous échangeons avec la direction, l’exploitation, les RH, l’atelier et les conducteurs afin de construire une structure adaptée à l’entreprise. Deux transporteurs peuvent avoir la même taille sans fonctionner du tout de la même manière.
Notre offre associe la plateforme technologique et l’accompagnement dans le temps. Les usages évoluent, les priorités aussi ; il faut donc ajuster régulièrement l’organisation des échanges. Le modèle repose sur un abonnement mensuel avec engagement annuel. Pour une entreprise d’environ 400 salariés, le coût se situe autour de 1 200 euros par mois. Un forfait de mise en place, de l’ordre de 3 000 euros, couvre la phase de cadrage et de construction initiale. »
Truckeditions : Retrouvez-vous des problématiques récurrentes chez les transporteurs que vous accompagnez ?
Maxime Vignon :
« Oui, très clairement. Le premier sujet reste la digitalisation des processus du quotidien, y compris dans des entreprises déjà bien équipées. Beaucoup de structures disposent d’applications ou d’outils métiers, mais une partie des échanges continue malgré tout de passer par téléphone, SMS ou papier. Cela crée des ruptures dans le suivi des informations.
Nous constatons aussi que certaines entreprises sous-estiment encore l’impact organisationnel de ces sujets. Digitaliser un processus ne consiste pas seulement à supprimer du papier. Il s’agit surtout de rendre les informations accessibles rapidement et exploitables par les bonnes personnes. Quand les échanges restent dispersés, les erreurs finissent presque toujours par apparaître à un moment ou à un autre. »
Truckeditions : Comment percevez-vous le contexte économique actuel dans vos échanges avec les transporteurs ?
Maxime Vignon :
« Nous ne ressentons pas pour l’instant de ralentissement majeur sur les projets. En revanche, certains sujets deviennent beaucoup plus présents dans les discussions. L’écoconduite en fait partie. Avec le niveau des coûts carburant, les entreprises cherchent davantage à sensibiliser les conducteurs et à partager les bonnes pratiques.
Le vol de carburant revient également très souvent. Certains clients travaillent désormais sur des cartographies de zones à risque ou sur des remontées d’informations terrain pour identifier certains créneaux sensibles.
Plus globalement, les transporteurs cherchent à reprendre la main sur ce qu’ils peuvent réellement maîtriser : leur organisation, leur coordination interne et leur réactivité opérationnelle. Et bien sûr, la question du recrutement reste omniprésente. Beaucoup d’entreprises s’interrogent sur leur capacité à fidéliser les conducteurs et à maintenir une dynamique collective dans des métiers où l’isolement reste fort. »
Le sujet abordé par Nexenture révèle une évolution moins visible que l’électrification ou la télématique, mais potentiellement structurante pour les entreprises de transport : la place prise par l’organisation des flux humains dans la performance quotidienne.
Depuis plusieurs années, les transporteurs ont massivement investi dans les outils de pilotage, de géolocalisation ou de maintenance. Pourtant, sur le terrain, une partie importante des décisions continue encore de reposer sur des échanges informels, des habitudes de fonctionnement ou des circuits parallèles rarement formalisés.
L’intérêt des cas présentés par Nexenture réside précisément dans cette zone intermédiaire, située entre les systèmes techniques et la réalité opérationnelle vécue par les équipes. Maintenance, sinistres, intégration des nouveaux conducteurs ou circulation des alertes terrain : autant de situations où la rapidité d’exécution dépend souvent moins de la technologie elle-même que de la manière dont les informations circulent dans l’entreprise.
Cette évolution traduit également un changement plus profond dans le secteur. Longtemps centrée sur les véhicules et les flux physiques, la digitalisation du TRM s’étend à l’organisation interne des entreprises et à la relation avec les équipes terrain.
Les difficultés de recrutement, le vieillissement de la population de conducteurs et l’éclatement des collectifs de travail poussent progressivement les transporteurs à s’interroger sur leur fonctionnement quotidien. La circulation des informations, longtemps considérée comme un sujet secondaire, tend ainsi à devenir un enjeu de pilotage à part entière.
Faciliter les échanges entre équipes qui se rencontrent rarement contribue autant au fonctionnement quotidien qu’au sentiment d’appartenance des collaborateurs.
*Entreprise de Services du Numérique anciennement appelée SSII
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