IAA Transportation 2026 : MAN articule électrification, sécurité et réseau de service autour d’une même logique industrielle
Nous avons pu en avant-première avoir un aperçu des grandes familles de produits et services présenté par MAN au salon IAA 2026, c’était à Munich en juillet juste avant la pause estivale. Bien évidemment, la grande nouveauté attendra pour vous être dévoilée pendant la conférence de la marque à Hanovre.
Donc à l’IAA Transportation 2026, MAN Truck & Bus présente un ensemble de nouveautés connectées les unes des autres. En effet, le constructeur munichois aligne un portefeuille électrique désormais complet de 12 à 50 tonnes, des dispositifs de sécurité active renouvelés pour le millésime 2026, un programme d’investissement européen dans son réseau après-vente et un retour d’expérience concret sur l’électrification de sa propre logistique amont. Le fourgon TGE, qui fête ses dix années d’existence, referme ce tableau avec des évolutions de personnalisation et de conduite assistée. Point commun à l’ensemble : la volonté de raccrocher chaque annonce technique à un usage mesurable pour les flottes.

Un socle d’efficacité partagé par le thermique et l’électrique
MAN veut mettre en avant le développement de son régulateur GPS EfficientCruise couplé à PredictiveDrive, disponible sur l’intégralité des gammes camions, duTGL au TGX, quelle que soit la motorisation. Le système lit le profil de la route sélectionnée jusqu’à trois kilomètres en amont grâce à « une cartographie tridimensionnelle haute résolution », puis ajuste la stratégie de conduite et de passage de rapports en tenant compte des dénivelés, mais aussi des ronds-points, intersections et limitations de vitesse à venir. Un usage régulier de ces outils nouvelle génération peut procurer potentiellement des économies de carburant ou d’énergie de l’ordre de 5 %, un chiffre qui grimperait jusqu’à 9 % sur des topographies exigeantes selon le constructeur. Les mises à jour cartographiques s’effectuent désormais par voie hertzienne, ce qui supprime le passage systématique en atelier pour actualiser les données de navigation et de reconnaissance des panneaux.
Sur le plan thermique, le nouveau moteur D30 PowerLion revendique, quant lui, jusqu’à 5 % de carburant économisé par rapport à la génération précédente. Côté aide à la conduite, la génération EBA Advanced du système de freinage d’urgence anticipe déjà des exigences réglementaires qui n’entreront en vigueur qu’en septembre 2028, avec une détection élargie aux véhicules, cyclistes et piétons, et une prise en compte des situations de virage face à des véhicules venant en sens inverse. Le nouveau système de surveillance du conducteur repère les signes de fatigue et de distraction par l’analyse du regard et du comportement de conduite, sans conservation de données personnelles, et alimente en retour la réactivité du freinage d’urgence. FrontDetection Plus complète le dispositif en bloquant le démarrage du véhicule lorsqu’un piéton ou un cycliste se trouve dans la zone de danger immédiate. Pour les combinaisons lourdes engagées sur pistes forestières, routes de montagne ou terrains glissants, MAN ajoute un frein électronique de stabilisation de remorque, disponible en version pédale ou commande manuelle, aussi bien sur motorisation électrique que diesel, il est notamment conçu pour limiter le risque de mise en portefeuille.
Une gamme électrique désormais complète, adossée à une production de batteries maison
Avec les séries eTGL, eTGM, eTGS et eTGX, MAN dispose pour la première fois d’un portefeuille électrique continu de 12 à 50 tonnes, exposé dans son intégralité. La complétion s’est faite en mai avec la présentation en avant-première du eTGM à Transpotec Logitec, à Milan : ce 16-tonnes comble l’écart entre l’eTGL et les gammes lourdes eTGX et eTGS. Il embarque un bloc électrique eCD210 de 210 kW (285 ch) et 800 Nm associé à la boîte TipMatic 2, une batterie modulaire de deux à quatre packs totalisant jusqu’à 320 kWh pour une autonomie annoncée à 480 kilomètres, un poids total roulant autorisé de 33 tonnes et une charge utile châssis proche de 10,6 tonnes. Adapté à tous types de carrossages et doté d’une prise de force mécanique disponible en série sur ce segment, ce véhicule cible la logistique alimentaire, les applications municipales, le BTP et la collecte de déchets. Sur le haut de gamme, le eTGX revendique jusqu’à 570 kilomètres sans recharge intermédiaire en configuration tracteur-semi-remorque longue distance.
La nouvelle usine de production de batterie MAN à Nuremberg
Cette montée en puissance de la gamme électrique s’accompagne d’un choix industriel structurant : la production en série des packs batterie a démarré sur le site historique de Nuremberg, nous avons d’ailleurs pu voir les installations sur place au mois de juillet.
Près de 400 emplois ont été créés via la reconversion de salariés MAN issus du montage moteur, de la fonderie ou de la logistique. L’assemblage des différentes batteries ne se fait pas en ligne fixe ni en cadence définie : des postes découplés, alimentés par des véhicules à guidage automatique, traitent différents formats de packs selon les besoins.
La capacité actuelle atteint 50 000 packs par an, avec une extension possible jusqu’à 100 000 selon la demande. Chaque batterie franchit 23 programmes d’essai, avec 400 paramètres contrôlés et une traçabilité garantie sur quinze années. Sur ce même site, le moteur diesel D30 de 13 litres inaugure en parallèle ce que MAN désigne comme sa dernière génération diesel entièrement développée en interne, disponible de 380 à 560 ch, appelée à remplacer les familles D26 et D15 sans succession prévue.
L’électrification passée au filtre de la logistique amont
MAN documente sa propre transition à travers un partenariat avec le transporteur J.S. Logistics, désormais opérateur de cinq eTGX 100 % électriques transférés dans le cadre de son réseau d’approvisionnement transfrontalier entre la Hongrie et l’Allemagne. Sur l’axe Lébény-Munich, environ 520 kilomètres par trajet, les véhicules fonctionnent selon un principe de relais : deux camions se croisent en chemin et échangent leurs remorques, afin qu’il n’y ait pas de rupture. Un véhicule supplémentaire dessert le centre logistique de Győr vers les sites de production munichois. Trois autres eTGX opèrent depuis la plateforme de Kirkel, en Allemagne, où convergent les flux en provenance de France, de la péninsule ibérique et des îles britanniques, avant redistribution vers Munich, environ 400 kilomètres, et Nuremberg, environ 350 kilomètres.
Cette flotte s’inscrit dans un objectif fixé à une cinquantaine de camions électriques pour la logistique entrante d’ici pour 2026, sur un périmètre qui couvre jusqu’à 165 millions de kilomètres parcourus chaque année pour approvisionner les usines. L’accompagnement passe par MAN Transport Solutions, dont le conseil porte sur l’analyse des cycles d’usage, le dimensionnement de la recharge et l’intégration aux process existants des clients transporteurs. En parallèle, l’initiative « Electrifying Outbound » vise une réduction de 30 % des émissions de CO2 liées à la livraison des véhicules neufs d’ici 2030.





Un réseau après-vente renforcé, avec un premier chantier visible au Portugal
Le volet service concentre l’investissement le plus élevé jamais engagé par MAN sur son réseau européen : environ 300 millions d’euros d’ici 2030, rendus possibles par le programme d’efficience interne « MAN2030+ ». L’enveloppe doit densifier un maillage qui compte déjà environ 1 200 sites détenus en propre ou tenus par des partenaires, pour quelque 7 000 collaborateurs, avec l’ambition que 80 % des clients atteignent leur point de service le plus proche en moins de trente minutes. Un tiers environ des montants ira à l’électromobilité et au numérique : formation haute tension des techniciens, centres de réparation batterie, points de recharge accessibles au public sur les sites du réseau.
Le premier chantier concret se situe au Portugal, à Castanheira do Ribatejo, au nord de Lisbonne : 8 millions d’euros investis sur un terrain de 28 000 m² pour un bâtiment de 4 000 m² regroupant 16 travées d’atelier permettant la prise en charge simultanée de poids lourds et d’autocars, un espace dédié au reconditionnement de véhicules d’occasion, un magasin de pièces détachées et des infrastructures de recharge dont une partie ouverte au public. La livraison est prévue pour décembre 2027 et portera le réseau portugais de huit à neuf implantations. Ce choix géographique répond à une dynamique commerciale : MAN a conquis la première place du marché camion portugais en 2025, avec 18,5 % de parts, position confirmée au premier trimestre 2026, aux côtés de 11,5 % de part de marché sur les autocars et 236 fourgons TGE écoulés sur la même période.
À l’échelle européenne, le réseau de recharge Charge&Go s’étoffe de cinquante nouvelles bornes, réparties notamment entre la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et le Portugal, avec facturation centralisée et intégration au RIO Fleet Monitor.
MAN TGE : dix années de commercialisation et un catalogue de personnalisation étoffé
Le fourgon TGE marque une décennie d’existence depuis sa présentation à Hanovre en 2016, suivie d’un démarrage de production à Września, en Pologne, au printemps 2017. Plus de 100 000 unités ont été produites depuis, et l’année 2025 a dépassé les 30 000 exemplaires vendus, selon le constructeur. Une édition anniversaire spécifique à chaque marché, identifiable par des badges dédiés sur calandre et volant, marque l’occasion.
Le catalogue MAN Individual s’élargit avec un pack d’entrée baptisé Individual Black, aux finitions noir brillant, et une ligne Lion X à vocation tout-terrain, reconnaissable à ses protections de bas de caisse, ses passages de roue redessinés et ses coques de rétroviseur griffées, complétée en option par des pare-buffles et marchepieds peints en noir. Un kit Performance porte la puissance du moteur lourd de 163 à 190 ch pour les usages exigeants ou les carrosseries les plus chargées. Sur le terrain de la sécurité, le millésime 2027 introduit un Front Cross Traffic Assist capable de détecter un croisement de trafic à l’approche d’une intersection et de freiner automatiquement en cas de risque avéré, ainsi qu’une surveillance de l’attention du conducteur généralisée à l’ensemble de la gamme. Le régulateur adaptatif gagne une fonction prédictive s’appuyant sur les données de navigation et la reconnaissance de panneaux, réservée aux versions N1 jusqu’à 3,5 tonnes.
La période qui s’ouvre place les flottes face à un choix rarement aussi documenté : le D30 ferme un cycle diesel entamé il y a plus d’un siècle à Nuremberg, sans successeur annoncé, pendant que la même usine produit désormais les batteries qui équipent l’ensemble des camions électriques de la marque. Pour les transporteurs, la cohabitation programmée de ces deux chaînes industrielles, sur un même site et sur plusieurs années, peut offrir un repère concret pour calibrer le rythme de leur propre transition, entre renouvellement de parc thermique encore justifié économiquement et bascule vers l’électrique sur les segments où l’infrastructure de recharge est désormais disponible. En plus de toutes ces informations produits et services mis en avant pendant le salon, sera présenté lors de la conférence MAN de ce jour un nouveau camion… électrique.
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