TRM : le second choc gazole fragilise les trésoreries
Après un répit en juin, la hausse du gazole a repris depuis l’été et a ravivé drastiquement les tensions de trésorerie dans le transport routier de marchandises. Les volumes transportés et l’emploi ont pourtant résisté au premier semestre. Les dirigeants abordent la fin d’année avec davantage de réserves.

Le gazole repart à la hausse
Le baril de Brent a dépassé les 100 dollars en septembre. Le 23 octobre, il s’échangeait à 113 dollars à l’ouverture des marchés. À la mi-octobre, le litre de gazole en France dépassait 1,30 euro hors taxes et 2,30 euros toutes taxes comprises. Ces prix avaient progressé respectivement de 66 % et 38 % depuis la fin février.
Pour les transporteurs, la hausse s’est aussi répercutée sur le gazole professionnel. Son prix a augmenté de 6 % en septembre sur un mois, de 23 % en trois mois et de 46 % depuis février. Le CNR mesure une hausse annuelle de 9,9 % des coûts du transport routier de longue distance, gazole inclus. Sur la même période, l’Insee relève une progression de 6,5 % des prix du transport routier de fret.
Ce décalage pèse sur les marges, surtout lorsque l’indexation gazole est contestée ou répercutée avec retard. L’enquête menée par l’Union TLF auprès de ses adhérents du 11 au 22 septembre montre que les petites entreprises rencontrent davantage de difficultés : 73 % des répondants estiment répercuter convenablement les variations du carburant, mais cette proportion tombe à 50 % chez les transporteurs de moins de dix salariés.

Des délais de paiement qui s’allongent
Les réponses à l’enquête signalent une dégradation des relations commerciales. 45 % des transporteurs disent avoir vu des clients contester l’indexation gazole, contre 33 % en mars. 46 % constatent une pression accrue sur les prix spot. Près de la moitié, 48 %, font état de délais de paiement plus longs, contre 25 % lors de la précédente enquête.
Seuls 16 % déclarent être réglés dans le délai légal de 30 jours. À l’inverse, 29 % indiquent attendre plus de 45 jours, soit presque deux fois plus qu’en mars. Pour une entreprise qui avance le carburant et les frais d’exploitation, ces retards accentuent le besoin de trésorerie au moment même où les charges progressent.
L’indicateur de trésorerie du secteur, mesuré par l’Insee, s’est nettement replié en octobre, revenant près de son point bas d’avril. Le climat des affaires du TRM a atteint 94,9 points, sous sa moyenne de long terme. Les dirigeants restent plutôt favorables sur l’activité passée, mais leurs prévisions à trois mois se dégradent.
Une activité encore solide, des perspectives prudentes
Les volumes transportés pour compte d’autrui ont progressé de 1,7 % sur un an au premier semestre 2026, selon les données provisoires du SDES. La hausse s’est accélérée au deuxième trimestre, à 2,8 %. L’emploi salarié du secteur est resté stable : les entreprises du TRM comptaient 428 800 salariés fin juin, soit 0,3 % de plus qu’un an auparavant.
Cette résistance ne se traduit pas dans les anticipations d’embauche. L’Insee ne relève pas de perspective de hausse des effectifs à court terme et une contraction reste possible. En octobre, 34 % des dirigeants estimaient manquer de demande, tandis que 40 % signalaient des freins liés à l’offre, notamment les conducteurs et les véhicules.
Les défaillances ont légèrement reculé au troisième trimestre. Altares en aurait recensé 322 dans le transport routier de marchandises et la location de camions avec conducteur, soit 6,1 % de moins qu’un an auparavant. Les liquidations judiciaires représentent 65 % de ce total. L’Union TLF craint cependant une reprise des défaillances d’ici à la fin de l’année ou au premier semestre 2027. Les comptes de l’exercice 2026 pourraient faire apparaître les effets cumulés des hausses de carburant et des retards de règlement.
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