Continental : ce que les pneus changent aux coûts des transporteurs
Entretien avec Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France
Le prix d’achat d’un pneu ne suffit pas à mesurer son coût pour un transporteur. La consommation de carburant et les immobilisations pèsent aussi dans le bilan, tandis que le rechapage peut prolonger son utilisation. Véronique Giraud, directrice générale de Continental Tires France, revient sur les choix qui comptent dans l’exploitation d’une flotte et sur la place du suivi connecté dans l’entretien des pneumatiques.
Truckeditions l’a rencontrée le 1er octobre dernier à Paris, lors d’une conférence de presse consacrée aux poids lourds. Continental y présentait le Conti Eco HT5, nouveau pneu remorque de sa gamme de cinquième génération. La dirigeante détaille les attentes des transporteurs et la manière dont le manufacturier les accompagne, alors que le groupe se recentre sur le pneumatique. Dans un contexte marqué par l’incertitude économique et la hausse des prix des carburants, la dirigeante souligne l’intérêt, pour les transporteurs, d’anticiper plutôt que de subir.
Deux éclairages techniques viennent compléter cet entretien : Lionel de Septenville, Directeur commercial Produits Industriels, explique le fonctionnement de ContiConnect et son utilisation par les gestionnaires de flotte ; Eddy Colin, Chef de produits poids lourd, présente les nouvelles gammes.
Le pneumatique au cœur des coûts du transport

Entretien réalisé par Catherine Mahé Godeloup pour Truckeditions
Véronique Giraud, un parcours international chez Continental
Truckeditions : Vous travaillez chez Continental depuis plus de vingt-six ans. Quelles ont été les principales étapes de votre parcours ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« J’ai rejoint le groupe en Allemagne, juste après mes études, puis la filiale française en 2006. J’ai ensuite dirigé la filiale du Benelux, à Bruxelles. De retour en France, j’ai pris la responsabilité du commerce, du marketing et des grands comptes au sein de notre réseau de distribution BestDrive. Début 2022, je suis partie à Shanghai pour diriger la filiale chinoise. Depuis deux ans, je suis de retour en France, à la tête de la filiale française. La présence internationale du groupe offre, en effet, de belles perspectives à ses collaborateurs. »
Truckeditions : Que retenez-vous de votre expérience en Chine ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« Travailler à l’étranger ouvre l’esprit à d’autres façons de communiquer et de travailler. En Chine, j’ai été marquée par la rapidité, la compétitivité et la capacité d’innovation. Les équipes ont envie d’avancer, de faire autrement et de se réinventer chaque jour.
En Europe, nous sommes parfois plus lents. Il est important que la France et l’Europe fixent des cadres. Mais les décisions ne se prennent pas de la même manière en Chine et dans une Europe où plus d’une vingtaine de pays doivent s’accorder. Chacun doit y trouver sa place, ce qui rend les choses plus complexes. L’essentiel est d’avoir une Europe et une France fortes. »
Recentré sur le pneumatique, Continental garde un fort ancrage en France
Truckeditions : Où en êtes-vous concernant le recentrage de Continental sur l’activité pneumatique ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« Le groupe comptait trois pôles : Automotive, Tires pour le pneumatique et ContiTech, spécialisé dans les éléments en caoutchouc. Le pneumatique est notre métier d’origine. En septembre 2025, les activités électroniques sont devenues une société indépendante, Aumovio, cotée à la Bourse de Francfort.
L’accord de cession de ContiTech est signé. La vente doit être finalisée au plus tard début 2027. Continental sera alors recentré sur le pneumatique. Cette activité représente environ 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et emploie plus de 56 000 personnes dans le monde. Nous suivons le calendrier de la stratégie annoncée il y a deux ans. »
Truckeditions : Quelle place la France occupe-t-elle dans cette activité ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« La France est, de loin, notre deuxième marché européen. Notre siège, dans l’Oise, rassemble un peu plus de 260 collaborateurs, principalement dans les fonctions commerciales et marketing. L’usine de Sarreguemines, qui a fêté ses 60 ans en 2024, emploie près de 1 350 personnes et fabrique des pneus pour véhicules légers.
Nous disposons également de deux dépôts logistiques : celui de Mer, dans le Loir-et-Cher, dessert le nord-ouest de la France, et celui de Monteux, dans le Vaucluse, le sud-est. Cette organisation assure des livraisons en J+1 à nos clients. Deux réseaux de distribution sont rattachés au groupe : BestDrive, qui compte plus de 210 centres, et Eurotyre. Pour le poids lourd, tous les pneus que nous livrons à nos clients français sont fabriqués dans des usines européennes. »
Le poids du pneumatique dans les coûts d’exploitation
Truckeditions : Que vous demandent aujourd’hui les transporteurs, et quel rôle joue le pneumatique dans leur exploitation ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« Ils sont à l’écoute de solutions qui les aident à gérer leur parc. Le pneumatique est un élément essentiel, qui peut arrêter leur activité, et quand une activité s’arrête, ce n’est bon pour personne : les coûts sont importants et les clients ne sont pas satisfaits.
Il joue un rôle de sécurité, puisque c’est le seul contact avec la route, un rôle économique, par la consommation ou l’impact sur le véhicule, son état compte donc directement dans la continuité de l’exploitation. »
Truckeditions : Vous estimez que le pneumatique représente environ 2 % des coûts, tout en ayant une influence sur près de la moitié des dépenses d’exploitation. Comment l’expliquez-vous ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« Dans le transport de marchandises, le pneumatique représente à peu près 2 % des coûts. Mais ses effets se retrouvent dans d’autres postes, à commencer par le carburant. Il faut aussi prendre en compte la gestion des stocks, le suivi des pneus et les dépannages.
Une intervention coûte aujourd’hui plus de 1 000 euros. L’immobilisation expose également le chauffeur, le véhicule et la marchandise, avec un risque de retard à la livraison. Anticiper l’entretien aide à éviter qu’un problème de pneumatique interrompe l’activité de nos clients. »

Hausse du gazole : le choix des pneus compte dans la facture
Truckeditions : Avec la hausse du gazole et les difficultés économiques des transporteurs, quelle place prend le suivi des pneumatiques ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« Nous les accompagnons en amont dans le suivi et l’entretien de leurs véhicules. Sur les longues distances, un pneumatique à basse résistance au roulement peut faire économiser plusieurs litres aux 100 kilomètres. À l’échelle d’une flotte et des kilomètres parcourus, cela représente une économie importante. Un camion immobilisé, lui, coûte de l’argent.
Les quelque 2 % que représente le poste pneumatique sont aussi un ordre de grandeur de ce qui reste au transporteur en fin d’exercice. Les difficultés actuelles renforcent donc son attention à l’entretien et à la gestion de sa flotte. Nous avons toujours travaillé à proximité de nos clients, et c’est un point auquel ils sont aujourd’hui plus réceptifs. Le pneumatique retrouve ainsi une place centrale dans leur exploitation. »
Dépannage : une remise en route visée en moins de deux heures
Truckeditions : Lorsqu’un transporteur a besoin d’une intervention, comment cela se passe-t-il concrètement sur les territoires ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« Nous avons un service de dépannage, le Conti Breakdown Service* (CBS). Les transporteurs inscrits appellent un centre d’appel, qui identifie leur localisation puis contacte les prestataires situés à proximité. Plusieurs revendeurs directs sont prioritaires, et la promesse est faite que le véhicule reparte en moins de deux heures.
Le réseau BestDrive est prioritaire sur cette partie, mais il nous faut un maillage français, voire européen : nous travaillons donc avec de nombreux réseaux. La prise en charge doit se faire en 15 à 20 minutes. Il faut trouver un prestataire disponible et s’assurer que les conditions sont réunies pour intervenir auprès du camion et du chauffeur. Si le pneu doit être remplacé, sa disponibilité est également déterminante. »
Neuf ou rechapé : un choix lié à l’usage
Truckeditions : Quelle place donnez-vous au rechapage dans vos recommandations aux transporteurs ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« Il n’y a pas de réponse unique : cela dépend de la position du pneumatique sur le véhicule et de l’activité inhérente. Dans la construction, par exemple, les conditions d’utilisation peuvent endommager le pneumatique avant qu’il n’atteigne sa limite d’usure. Nous recommandons alors plutôt le rechapage.
Le rechapage, à chaud comme à froid, représente à peu près 40 % du marché, et nous sommes dans ces ratios. Un pneumatique peut avoir plusieurs vies. Après sa première utilisation, sa carcasse peut être récupérée pour être rechapée, à condition qu’elle soit en bon état. Le suivi connecté contribue à la préserver, car une crevaison peut l’endommager. »
Truckeditions : Face à un pneu importé d’Asie moins cher à l’achat, comment expliquez-vous l’intérêt économique de votre offre ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« Il faut regarder ce que le pneu coûte pendant toute son utilisation. Si un prix d’achat inférieur s’accompagne d’une consommation de carburant plus élevée et d’une carcasse qui ne peut pas être rechapée, l’économie initiale peut disparaître.
Avec une carcasse de qualité, on peut aller au bout de la première vie du pneu, puis le faire rechaper. Le pneu rechapé coûte alors 20 à 30 % moins cher qu’un neuf. La consommation de carburant entre également dans le calcul. »
La résistance au roulement, un enjeu renforcé par l’électrique
Truckeditions : Les exigences européennes sur les émissions de CO₂ et l’arrivée des camions électriques font-elles évoluer les demandes des constructeurs et des transporteurs ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« Ces exigences influencent notre travail depuis plusieurs années, notamment depuis l’introduction de VECTO. Nous fournissons des pneus en première monte et les constructeurs nous demandent depuis longtemps une très faible résistance au roulement. C’est un élément important pour répondre aux exigences européennes de réduction des émissions. Ces demandes nous poussent à améliorer nos produits.
L’arrivée des camions électriques ne change pas immédiatement notre travail avec les flottes. Elle renforce toutefois l’importance de la résistance au roulement dans le choix du pneumatique, comme pour les véhicules légers. »

FOCUS PRODUIT
Conti Eco HT5 : le pneu remorque qui complète la gamme Génération 5
« Un pneu est un compromis, il n’y a pas de pneu miracle », rappelle Eddy Colin,Chef de produits poids lourd, Continental : tout l’enjeu est de recommander le bon produit pour le bon usage. La cinquième génération s’organise autour de deux orientations.
- Conti Eco, pour la longue distance et le grand régional (une à trois mises à quai par jour). L’objectif est la performance énergétique, donc la consommation et les émissions de CO₂. Les profils directeur (HS5) et moteur (HD5), sortis en 2024, sont rejoints par le HT5 pour remorque, présenté à la presse le 1er octobre.
- Conti Hybrid, pour le régional, la desserte locale et la messagerie (plus de trois mises à quai par jour). L’axe est le kilométrage. La gamme est complète depuis le Conti Hybrid HT5, arrivé début 2026 : Continental revendique jusqu’à 20 % de kilométrage en plus que la génération précédente sur les profils directeur et moteur, et 15 % sur la remorque.
- Ce que change le HT5. Jusqu’à 12 % de résistance au roulement en moins par rapport au Conti Hybrid HT3+ (dans des conditions de test spécifiques), une note B d’adhérence sur sol mouillé à l’étiquette européenne (en 385/65 R 22.5 et 385/55 R 22.5), les marquages 3PMSF et M+S, et une carcasse pensée pour le rechapage. La remorque représente à peu près la moitié de la résistance au roulement d’un ensemble routier : mieux vaut donc ne pas se contenter de soigner le tracteur quand on veut réduire la consommation.
- Un suivi facilité. La Génération 5 intègre une puce RFID sans batterie : un lecteur permet d’identifier le pneu de façon sûre, là où le marquage latéral finit par disparaître avec l’usure. Reste le réflexe d’exploitation : la performance en consommation dépend de la bonne pression, en fonction de la charge à l’essieu.
Pneus connectés : intégrer le suivi aux outils des flottes
Truckeditions : La connectivité des pneus se développe depuis plusieurs années, mais son adoption reste progressive. Qu’est-ce qui pourrait accélérer son utilisation dans les flottes ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« Nous étions prêts très tôt, mais le marché et nos clients ne l’étaient pas encore. Avec l’accélération du rythme de l’activité et les nouvelles attentes de nos clients, la connectivité devient incontournable.
Nous avons eu le temps d’éprouver notre technologie et de la faire évoluer. Nous avons aussi appris de nos erreurs : au départ, nous voulions tout développer nous-mêmes. Nous constatons aujourd’hui qu’il est plus efficace d’intégrer notre solution aux systèmes de connectivité des véhicules. Cela s’avère plus simple pour nos clients.
Nous devons donc travailler avec davantage de fournisseurs de télématique, pour que le suivi des pneumatiques soit accessible dans les outils déjà utilisés à bord du camion ou du tracteur. Notre rôle est de rendre cette intégration aussi simple et pertinente que possible. »

FOCUS METIER
ContiConnect : un essai de 16 mois avant de s’engager
Après avoir dirigé et développé le réseau Eurotyre pendant six années, Lionel de Septenville, Directeur commercial Produits Industriels Continental, est aussi responsable de l’activité Fleet Solutions, principalement consacrée au poids lourd. Il encadre une cinquantaine de collaborateurs et coordonne le travail des équipes commerciales de terrain, des services chargés de la gestion des contrats des transporteurs et de l’équipe rechapage.
« Les dépenses liées aux pneumatiques se répartissent entre plusieurs postes comptables. Les frais de dépannage, enregistrés séparément des achats de pneus, peuvent ainsi rendre moins visibles les économies obtenues grâce à un meilleur suivi. Nous privilégions donc des tests sur les véhicules et leurs trajets habituels chez les transporteurs. Chaque entreprise doit pouvoir mesurer les résultats dans ses propres conditions d’exploitation avant de décider d’équiper sa flotte.»
- L’offre. Un essai de 16 mois, sans abonnement ; si le transporteur n’est pas convaincu, Continental reprend le matériel. Le capteur coûte autour de 40 € à l’installation. À ce jour, assure Lionel de Septenville, aucun transporteur n’a rendu le matériel.
- Le capteur. Placé à l’intérieur de la bande de roulement et communiquant en Bluetooth, il mesure la pression et la température, et compte les tours de roue pour estimer le kilométrage. Il émet toutes les deux à trois minutes, puis toutes les secondes si la pression passe sous le seuil programmé. La température permet aussi de repérer un étrier de frein grippé. La mesure de la profondeur de sculpture, qui ouvrira la voie à la maintenance prédictive, est attendue avec la troisième génération.
- Trois façons de récupérer les données. ContiConnect Lite, gratuit, avec un smartphone passé à proximité des véhicules ; le Yard Reader, lecteur fixe installé à la station-service, au lavage ou au pont de pesage, qui relève les capteurs d’un véhicule en deux à quatre minutes, sur 20 à 100 m de portée, et convient aux véhicules rentrant chaque soir ou tous les deux jours (tout véhicule équipé est reconnu par n’importe quel Yard Reader du réseau Continental) ; et la télématique, via les partenariats avec ADDSECURE et Samsara, pour l’instant sur la remorque. Le gestionnaire de parc et le prestataire qui entretient les pneus consultent le même tableau de bord, alors que le voyant de sous-gonflage obligatoire (GSR2) est visible en cabine.
- Les résultats annoncés. Jusqu’à 15 % d’augmentation du kilométrage et 20 % de durée de vie de la carcasse, jusqu’à 4 % d’économie de carburant et jusqu’à 85 % de dépannages liés à une crevaison en moins (source des calculs Tire & Wheel du Technology & Maintenance Council et cas clients). Après un test, Transports Thuries (transport sur plateau, souvent sur chantiers) a équipé tout son parc. Chez AL Trak Trans (transport exceptionnel), 32 pneus d’un même ensemble routier sont équipés : 3 L/100 km économisés, 30 % de dépannages en moins et 25 % d’économies sur le poste pneumatique.
- Un ordre de grandeur à retenir. Lionel de Septenville situe la fréquence des dépannages en France entre 10 et 12 interventions annuelles pour 50 véhicules, à plus de 1 000 € chacune.
Technotrans : rendez-vous à Nantes du 14 au 16 octobre
Truckeditions : Continental sera présent à Technotrans, à Nantes. Que direz-vous aux transporteurs que vous y rencontrerez ?
Véronique Giraud, Directrice Générale de Continental Tires France :
« Je n’interviendrai pas personnellement, mais les équipes seront là. Nous aurons un stand pour accueillir nos clients, échanger avec les transporteurs et leur présenter nos produits et nos solutions. Nous participerons aussi à une conférence qui traite de tous les sujets que nous venons d’aborder : comment allier le pneumatique aux enjeux écologiques et économiques, quelles sont les meilleures solutions ou encore comment accompagner les transporteurs dans ces nouveaux défis ? Je vous invite à visiter Technotrans et à rencontrer les équipes présentes. »
Plus d’informations à propos de Continental
* Service de dépannage Conti360

La conférence Technotrans, mercredi 14 octobre de 14H30 à 15H30 :
Optimiser les coûts pneumatiques : concilier enjeux économiques, réglementaires et environnementaux »
Intervenants :
- Philippe Fourchon, Responsable Fleet Solutions
- Eddy Colin, Responsable produit Poids Lourd
- Nicolas Bonnay, Responsable des Solutions Digitales France
- Quentin Donnadille, Délégué permanent adjoint au bureau de Bruxelles de la FNTR
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