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Top Transport Europe : miroir des mutations du transport routier depuis 30 ans

Jérôme Letu-Montois, Top Transport – Truckeditions

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Au Palais du Pharo, à Marseille, Top Transport n’a pas l’allure d’un salon où l’on flâne. Ici, on vient pour travailler. Deux jours, des agendas serrés, des tables qui se remplissent et se vident à cadence régulière, des discussions qui commencent parfois avant même d’avoir serré la main des pros en présence. On reconnaît les mêmes gestes que sur le terrain, cette manière d’aller droit au but, parce que dans le transport routier de marchandises le temps n’est jamais extensible, et la marge encore moins.

L’édition 2025 a confirmé ce tempo. Avec 3 735 rendez-vous d’affaires, 345 décideurs invités et 170 sociétés exposantes, l’événement a fonctionné comme une chambre d’écho des tensions et des mutations du secteur. On y a parlé efficacité, disponibilité, qualité de service, mais aussi trajectoires de décarbonation, alternatives multimodales ou encore attractivité des métiers. Et l’on a pu mesurer, au fil des échanges, combien les solutions n’existent que si elles s’inscrivent dans le quotidien des exploitants, des affréteurs, des responsables transport, des dirigeants de flotte. 

Même les formats parallèles ont raconté cette évolution. Deux Fresques du Fret, un hackathon avec l’AETL, seize prises de parole réunissant trente intervenants : autant de séquences qui, loin d’un habillage, traduisent un besoin de prendre de la hauteur sans quitter le réel, d’ouvrir des passerelles sans perdre la colonne vertébrale du métier. Dans ce cadre, Truckeditions a rencontré Jérôme Letu-Montois, directeur de Top Transport, pour comprendre ce que ce « 1 to 1 » dit du transport d’aujourd’hui, et ce qu’il oblige déjà à inventer pour demain. 

Après toutes ces rencontres, il fallait prendre un temps de recul. Non pas pour refaire l’histoire du salon, mais pour comprendre ce qu’il raconte, année après année, de l’évolution du transport routier de marchandises, et de la manière dont les chargeurs comme les transporteurs arbitrent désormais leurs priorités.

2. Transport routier : ce que révèle l’édition 2025 de Top Transport Europe à Marseille


Entretien réalisé à Marseille par Catherine Mahé Godeloup pour Truckeditions 

« En deux jours, une nuit à Marseille, on abat un travail énorme »

Truckeditions : Top Transport Europe est un rendez-vous bien ancré dans le secteur. Quelle était sa vocation initiale au moment de sa création ?

Jérôme Letu-Montois :

« Sa singularité, c’est d’avoir été construit autour de rendez-vous d’affaires préparés en amont. L’idée, c’était que les deux parties aient le temps de qualifier leurs besoins, de regarder si la rencontre avait du sens, et d’arriver sur place avec un agenda déjà calé. À l’époque, c’était très novateur. Et, finalement, ce socle n’a pas bougé : c’est encore ce qui fait la valeur de Top Transport. »

Truckeditions : Qu’est-ce qui explique que ce format one-to-one ait traversé les années sans perdre son attractivité ?

Jérôme Letu-Montois :

« Il permet de concentrer beaucoup de rencontres et de décisions en peu de temps. Côté chargeurs, on me le dit très clairement : en deux jours, une nuit à Marseille, on abat un travail énorme. On fait avancer des dossiers, on repart avec des propositions, on gagne du temps. Et il y a aussi l’intérêt de pouvoir revoir des partenaires connus, tout en découvrant des nouveautés, des solutions qu’on ne connaissait pas, des acteurs plus récents qui peuvent surprendre.  »

Un 1-to-1 qui s’est enrichi : business d’abord, mais pas seulement

Truckeditions : Vous insistez aussi sur la dimension “communauté”. Ce n’est pas seulement un agenda de rendez-vous, c’est un lieu où l’on se retrouve. Comment cette part relationnelle s’est-elle installée ?

Jérôme Letu-Montois :

« Avec le temps, on s’est rendu compte que la mécanique business ne suffisait pas à expliquer le succès. Le socle reste le même, et on ne cherche pas à le dénaturer. En revanche, nous avons renforcé ce qui entoure la mécanique business : les conditions de travail, la qualité d’accueil, l’aménagement, et une dimension relationnelle devenue indissociable de l’événement. Les participants viennent aussi parce qu’ils sont « entre eux », dans leur communauté, et que cela crée une dynamique très particulière. Cette dimension relationnelle est devenue indissociable de l’événement. »

Truckeditions : Dans un secteur très digitalisé, est-ce paradoxalement ce mode “présentiel” qui reprend de la valeur ?

Jérôme Letu-Montois :

« Oui, et c’est très visible. Quand les gens viennent ici, ils sont comme dans une bulle. Ils se retrouvent, ils échangent, ils se serrent la main, ils parlent vraiment. On revient à quelque chose de très simple, mais qui fonctionne. Et en parallèle, ils nous challengent : ils veulent aussi davantage d’échanges entre pairs.

Aujourd’hui, tout est très cadré : on est sur une rencontre chargeur-transporteur. Mais nous voyons un potentiel pour proposer des temps structurés où des chargeurs pourraient échanger sur leurs retours d’expérience, sur des problématiques communes, en petits groupes, avec un animateur, sur une thématique de travail. C’est une piste d’évolution, parce qu’il y a une demande réelle, et on la sent de plus en plus. Nous réfléchissons à de nouveaux formats d’ateliers et de travail collectif qui pourraient répondre à cette attente métier. »

Une photographie du marché très « route », mais en phase de transformation ?

Truckeditions : Top Transport est-il toujours majoritairement TRM dans son approche business ?

Jérôme Letu-Montois :

«Le transport routier reste omniprésent. On est représentatif du marché : plus de 80 % des sociétés présentes proposent des solutions liées au TRM. C’est la base de l’événement.  »

Truckeditions : Dans les échanges de cette édition, sentez-vous monter d’autres formes de transport, d’autres façons de penser la chaîne ?

Jérôme Letu-Montois :

« Nous voyons davantage de sujets autour de la multimodalité. Le rail, le maritime, le fluvial prennent plus de place, parce que les entreprises cherchent des solutions liées à la décarbonation et à des modèles plus respectueux de l’environnement. Notre rôle, c’est de suivre ces tendances, d’accompagner ces évolutions, pour rester au plus près de ce que le marché nous demande. »

Truckeditions : Vous insistez aussi sur l’accessibilité de l’événement, notamment pour des transporteurs de taille intermédiaire.

Jérôme Letu-Montois :

« C’est important. Le transport, ce sont des marges serrées, des contraintes économiques, des difficultés de recrutement et des réglementations complexes. On fait attention à garder un événement accessible, avec des solutions de stands adaptées à différentes tailles d’entreprises. Et l’identité de Top Transport, c’est aussi ce mix : de grands groupes, mais aussi beaucoup d’acteurs plus petits qu’il faut mettre en lumière. »

Quand le succès devient une contrainte : la question de l’échelle

Truckeditions : L’édition 2025 était annoncée “presque complète” très en amont. Comment l’événement peut-il encore se développer dans l’enceinte du Palais du Pharo, et comment gérez-vous cette montée en puissance ?

Jérôme Letu-Montois :

« Nous arrivons à une contrainte physique. Le Palais du Pharo est un lieu magnifique, mais nous ne pouvons pas pousser les murs. Toute volonté d’augmenter le nombre d’exposants suppose aussi d’élargir l’accueil des invités, tout en conservant un équilibre qualitatif dans l’organisation des rendez-vous. C’est une alchimie délicate : si l’on déséquilibre ce modèle, on risque de dégrader la promesse initiale de l’événement.

Cela étant dit, la dynamique reste très forte : dès l’ouverture de l’édition, nous avions enregistré près de 3 700 rendez-vous programmés sur les deux jours. C’est un indicateur clair du niveau d’activité et de la densité des agendas, qui peut témoigner du rôle de plateforme d’échanges ciblés que joue Top Transport Europe aujourd’hui. »

Hackathon AETL : un test sur l’attractivité et les passerelles métiers

Truckeditions : Le hackathon AETL était l’une des nouveautés de 2025. Pourquoi ce choix, sur un événement d’affaires très ciblé business ?

Jérôme Letu-Montois :

« Parce que l’AETL regroupe des écoles qui forment les professionnels de demain, et qu’il faut créer des passerelles. Le hackathon, c’est un premier pas, un test grandeur nature. Je veux voir comment ces étudiants sont perçus, s’ils se mêlent à la communauté, et ce que les professionnels en retiennent. Si les retours sont bons, cela ouvre la porte à d’autres formats, y compris autour de l’emploi et de rencontres plus directes entre entreprises et étudiants. »

Truckeditions : Vous allez même jusqu’à évoquer l’idée d’une bourse du travail, en marge de l’événement. C’est révélateur d’un besoin sectoriel très fort. Comment l’imaginez-vous, si vous deviez le rendre concret ? 

Jérôme Letu-Montois :

« Nous pourrions imaginer un moment dédié, par exemple la veille en soirée, où les transporteurs soraient déjà sur place. L’idée serait de mettre en relation des entreprises et des étudiants, avec une logique très simple : venir pitcher sa société, créer des rencontres courtes, donner envie, et permettre à des jeunes qui vont arriver sur le marché du travail de rencontrer directement des acteurs du secteur. Ce sont des pistes, mais c’est exactement le type de sujet que l’on peut tester si la communauté est prête à l’accueillir.  »

En coulisses : une organisation plus polyvalente qu’il n’y paraît

Truckeditions : En back office, Top Transport, c’est une grande équipe et combien de métiers ?

Jérôme Letu-Montois :

« L’équipe “cœur” tourne autour d’une vingtaine de personnes, hors prestataires. Et ce ne sont pas des métiers cloisonnés : le commercial, la communication, la logistique, le digital se croisent en permanence. C’est d’ailleurs ce qui fait l’intérêt du métier : aucune journée ne se ressemble réellement. »

Et demain : deux plateformes au lieu d’une pour Top Transport

Le développement de Top Transport passe désormais par une logique de double rendez-vous. Comexposium One to One a annoncé une nouvelle édition à Saint-Maloles 10 et 11 juin 2026, pensée en synergie avec l’édition de Marseille, dont les dates 2026 sont annoncées au 14 et 15 octobre

Pour l’organisateur, l’enjeu est clair : développer la marque sur le territoire sans perdre ce qui fait la valeur du 1-to-1, à savoir la qualité des rendez-vous et la densité utile sur un temps court. À suivre, donc…

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Crédit image SYLVAIN HARD et Top Transport

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