Décarbonation du transport routier : MAN teste un modèle d’électrification avec EDF et Multi Transports
La décarbonation du transport routier de marchandises entre dans une phase plus opérationnelle. Lors d’une conférence organisée le 4 mars, MAN Truck & Bus France a présenté sa stratégie à horizon 2030 et détaillé, aux côtés d’EDF et du transporteur Multi Transports, un premier déploiement d’écosystème électrique autour du camion MAN eTGX.
« Si l’on veut décarboner le transport, il faut aussi donner aux transporteurs les moyens économiques de le faire », rappelle Jean-Yves Kerbrat, directeur général de MAN Truck & Bus France.

Le transport routier au cœur de l’équation carbone
Pour Friedrich Baumann, membre du directoire de MAN Truck & Bus en charge des ventes et des solutions clients, la décarbonation du transport routier constitue désormais une transformation structurelle du secteur. Il rappelle que le camion reste aujourd’hui le principal vecteur du transport de marchandises en Europe. Les volumes transportés par route demeurent largement supérieurs à ceux du rail ou du fluvial. Selon les données présentées lors de la conférence, le transport routier représente environ 3,4 milliards de tonnes de marchandises transportées, contre 366,9 millions pour le rail et 171,7 millions pour les voies navigables.
Cette prédominance logistique se traduit également par un poids important dans les émissions de CO2. Les véhicules MAN actuellement en circulation dans le monde génèreraient chaque année un volume d’émissions comparable à celui d’un pays comme les Pays-Bas.
Dans ce contexte, la transformation énergétique du transport routier s’appuie, selon Friedrich Baumann, sur quatre facteurs interdépendants : le véhicule, l’infrastructure de recharge, l’origine de l’énergie et l’équation économique.
« Nos clients n’achètent pas des camions pour le plaisir. Ils investissent dans un outil de production et regardent avant tout le coût total d’exploitation », souligne-t-il.
Une offre électrique conçue pour les usages existants
Pour accompagner cette évolution, MAN dit avoir développé une architecture de camions électriques reposant sur un concept de batteries modulaires. L’objectif est de couvrir progressivement une grande partie des applications aujourd’hui assurées par des véhicules diesel. Cette conception permettrait notamment d’intégrer différents modules batteries dans les espaces du châssis traditionnellement occupés par le moteur thermique et les réservoirs de carburant.
Dans sa configuration maximale, un tracteur peut embarquer jusqu’à six packs de batteries représentant environ 540 kWh de capacité brute, dont près de 480 kWh réellement utilisables.
Selon les données présentées par le constructeur, cette configuration offre une autonomie supérieure à 500 kilomètres, avec une consommation moyenne d’environ 0,9 kWh par kilomètre. La durée de vie des batteries est estimée à environ 13 ans et jusqu’à 1,6 million de kilomètres.
Avec cette architecture, MAN estime pouvoir couvrir environ 70 % des applications de transport aujourd’hui assurées par des véhicules diesel. Les premiers retours d’exploitation montrent également une montée en puissance progressive du parc. En Europe, environ 1 300 camions électriques MAN ont déjà été commandés et les véhicules en circulation ont parcouru plus de 15 millions de kilomètres en exploitation.
Trois axes présentés pour accompagner la transition
Lors de la conférence, MAN a également détaillé trois axes présentés comme prioritaires pour accompagner les transporteurs dans la transition énergétique.
Le premier concerne la disponibilité des véhicules. Le constructeur déploie actuellement dans son réseau un dispositif de service proactif destiné à anticiper les opérations de maintenance et à réduire les immobilisations, avec l’objectif d’améliorer la disponibilité des véhicules et le coût total d’exploitation.
Le deuxième axe repose sur les biocarburants, considérés comme une solution de transition pour réduire les émissions du parc roulant existant. Selon les estimations présentées, le marché français des énergies utilisées dans le transport routier se répartirait aujourd’hui entre environ 79 % d’énergies fossiles, 14 % de B100, 4 % de HVO, 2 % de biogaz et près de 2 % de véhicules électriques.
Le troisième axe concerne le développement de l’électromobilité et repose notamment sur un partenariat avec EDF.
Une approche intégrant véhicule, énergie et recharge
Dans ce dispositif, EDF intervient notamment sur les infrastructures et la gestion énergétique. L’accompagnement inclut le raccordement des sites avec Enedis, l’installation de bornes de recharge via la filiale IZIVIA et la supervision des installations. Le modèle prévoit également des solutions de pilotage de la recharge afin d’optimiser les périodes de consommation électrique et de maîtriser les coûts d’énergie.
« Le parcours d’électrification d’un transporteur est complexe. Il faut analyser les schémas de transport, dimensionner les infrastructures de recharge et sécuriser l’approvisionnement énergétique », explique Jean-Philippe Laurent, directeur stratégie et développement du groupe EDF.
L’objectif du dispositif est de structurer un écosystème associant véhicule, infrastructure de recharge et fourniture d’énergie afin de faciliter l’adoption de camions électriques par les transporteurs. Notons qu’il a été évoqué la construction d’un partenariat entre le constructeur et l’énergéticien pour la mise en place d’un réseau de recharge.
Multi Transports, premier cas d’usage opérationnel
La conférence a également permis de présenter un premier déploiement concret avec le groupe Multi Transports. Basée près du Puy-en-Velay, l’entreprise familiale fondée en 1945 exploite aujourd’hui environ 900 cartes grises, emploie près de 550 collaborateurs et a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 75 millions d’euros en 2025.
Engagé depuis plusieurs années dans une trajectoire de réduction de ses émissions, le transporteur utilise déjà plusieurs carburants alternatifs comme le HVO ou le B100. L’usage de B100 aurait déjà permis de réduire environ 1 566 tonnes d’émissions de CO2 équivalent.
L’entreprise franchit désormais une nouvelle étape avec l’intégration de deux camions électriques MAN eTGX dans sa flotte. Les véhicules devraient être engagés sur des flux logistiques d’environ 600 kilomètres par jour et permettre d’éviter près de 360 tonnes d’émissions de CO2 par an.
« De plus en plus de chargeurs recherchent des partenaires capables de les accompagner sur leurs objectifs climatiques. L’intégration de véhicules électriques devient une réponse concrète », indique Olivier Jamon, directeur général du groupe Multi Transports.
Avant de valider l’investissement, l’entreprise a testé un camion électrique pendant plus d’un mois sur différents parcours du Massif central. Selon le transporteur, les consommations observées se sont révélées conformes aux attentes malgré le relief, tandis que les conducteurs ont exprimé des retours positifs concernant le confort et le silence de conduite.
Un modèle économique encore en construction
Malgré ces premiers déploiements, la généralisation des poids lourds électriques reste étroitement liée à l’évolution de leur modèle économique. Le prix d’acquisition d’un camion électrique demeure aujourd’hui sensiblement supérieur à celui d’un véhicule diesel.
Pour Friedrich Baumann, la compétitivité de cette technologie dépendra notamment du développement des infrastructures de recharge et de la capacité des transporteurs à maîtriser leur approvisionnement énergétique.
« Lorsque vous passez à l’électrique, vous ne négociez plus quelques centimes sur le prix du carburant. Vous entrez dans un modèle énergétique complètement différent. »
Dans ce contexte, certains transporteurs pourraient chercher à sécuriser leurs approvisionnements énergétiques ou à produire une partie de leur électricité afin d’améliorer leur compétitivité.
Pour les constructeurs comme pour les transporteurs, la transformation du transport routier est désormais engagée. Son rythme dépendra cependant autant des innovations industrielles que de la capacité de l’ensemble de l’écosystème transport et énergie à se structurer autour de l’électromobilité et de son TCO effectif.
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