Avec la transmission I-Shift, Volvo a véritablement révolutionné le secteur des transports routiers. Jamais auparavant une transmission n’avait été autant plébiscitée par les conducteurs et les sociétés de transport du monde entier. Aujourd’hui, 60 % des modèles Volvo FH vendus sont équipés de la transmission I-Shift et cette dernière est même montée de série sur le camion le plus puissant au monde, le Volvo FH16 de 700ch. Sven-Erik Tibb, chef de projet du développement de l’I-Shift de la division Volvo Powertrain, nous raconte l’histoire de cette transmission.
Pourquoi développer une nouvelle transmission ?
« Le prédécesseur de l’I-Shift, le système Geartronic, n’était pas une solution optimale, il nous fallait une transmission automatique afin de rehausser le confort et la facilité de conduite de nos camions. Parallèlement, c’est à la fin des années 1990 que le développement des systèmes électroniques a véritablement pris son essor. Ces systèmes sophistiqués étaient de plus en plus employés pour gérer à la fois le moteur et le reste du camion, cela a donc été l’occasion de développer une transmission à commande électronique. »
Quel était le cahier des charges ?
« L’objectif était de produire ce qu’on appelle une « transmission mécanique automatisée » pour les véhicules européens d’un PTR de 40 tonnes destinés au transport longue distance et aux opérations de distribution. Il nous fallait optimiser la fonctionnalité, la fiabilité, la douceur de passage des rapports et la sobriété du système. »
Quand a débuté le projet ?
« A la fin de l’année 1998, mais au préalable, nous avons mené une étude approfondie afin d’envisager et d’analyser les différents concepts et solutions techniques. Nous avons examiné non seulement la technologie mais également sa mise en production pour définir la meilleure solution. Ainsi, lorsque nous avons débuté le projet, nous savions exactement ce vers quoi nous tendions. »
Quel a été le défi le plus difficile à relever ?
« Concevoir le système de commande de la transmission, c’est-à-dire l’électronique, les valves, les cylindres, les capteurs et le logiciel qui allaient gérer les changements de rapport. Ce système devait ensuite être combiné aux systèmes mécaniques. En outre, la transmission devait être du type non synchronisée, nous étions donc confrontés à des exigences strictes en termes d’architecture. Nous avons relevé le défi avec brio, mais ce ne fut pas facile. »
Quel a été votre secret ?
« Avant tout, je dirais l’étude préalable, qui nous a permis d’avoir les bonnes bases. Ensuite, l’implication de nombreux techniciens extrêmement qualifiés. En effet, tout au long de la phase de développement, qui a duré trois ans et demi, la quasi-totalité du personnel de notre département a été impliquée dans le projet, soit parfois jusqu’à 30 personnes. Au final, plus de 150 000 heures de travail ont été allouées au projet. »
Pouvez-vous nous en dire plus sur la désignation de cette transmission ?
« Le nom de la transmission a été défini dans la phase finale par Volvo Trucks. Nous avons eu de nombreuses discussions à propos de la désignation de cette nouvelle transmission mais nous n’avons fait aucune proposition. En cours de développement, le nom du projet était P4200. La désignation I-Shift est une combinaison de « I shift » (de l’anglais signifiant « je change de rapport ») et de « Intelligent Shift » (changement de rapport intelligent). »
Comment a évolué l’I-Shift depuis sa première version ?
« La première phase d’amélioration a eu lieu en 2002, date à laquelle les développements les plus importants ont été réalisés au coeur de la transmission, avec un nouveau système de commande et une nouvelle boîte de base. La deuxième phase, qui a eu lieu fin 2005, concernait le développement de la partie avant de la boîte, notamment l’embrayage. Nous avons également étendu les applications de l’I-Shift, laquelle devenait disponible sur les camions à moteur 16 litres et d’un PTR supérieur, par exemple. Nous pratiquons une politique de développement continue, à mesure du lancement de nouveaux produits. »

Légende image : Sven-Erik Tibb, directeur de section du département développement produit de Volvo Powertrain, Chaînes cinématiques et hybrides.
Que ressent-on face à l’engouement mondial suscité par l’I-Shift ?
« C’est génial et extrêmement gratifiant. Les personnes impliquées dans le développement produit passent leur temps à résoudre des problèmes, cela fait donc très plaisir lorsqu’elles voient que leur travail porte ses fruits. Pour un projet de cette importance, il faut parfois plusieurs années avant de voir le résultat et d’avoir un retour des conducteurs. C’est donc fantastique de voir son travail récompensé. »
Etes-vous fier de votre création ?
« Tout d’abord, je tiens à souligner que ce n’est pas seulement MA création. La transmission I-Shift est l’oeuvre de toute une organisation et le fruit d’un énorme travail d’équipe. Chacun d’entre nous est extrêmement fier des performances de l’I-Shift. Nous travaillons d’arrache-pied pour optimiser nos produits existants afin de développer des solutions toujours meilleures dans le cadre de nouveaux projets. »
Honnêtement, l’I-Shift a-t-elle une telle marge d’amélioration ?
« Elle est déjà exceptionnelle mais ce n’est pas pour cela que nous devons nous reposer sur nos lauriers. Nous, développeurs produit, nous n’abandonnons jamais, et adapter
l’I-Shift aux conditions de conduite toujours plus exigeantes est un perpétuel défi. En outre, la concurrence nous talonne et nous met en permanence la pression. »