Le transport routier longue distance constitue la ligne de vie de l’Europe ; il contribue en effet à faire la jonction entre les différents pays du continent et à favoriser les échanges commerciaux entre eux. Néanmoins, au cours de la dernière décennie, les risques sur la route ont considérablement augmenté. Ainsi, les vols de fret dans les camions longue distance se sont multipliés et le préjudice est estimé à 8,2 milliards d’euros – chaque année. Aujourd’hui, différentes initiatives sont entreprises pour éviter ces vols, tant au niveau de l’Union européenne que de Volvo Trucks.
Selon le syndicat international des transports routiers (IRU), 17 % des conducteurs routiers longue distance en Europe ont été victimes d’au moins un vol de fret en cinq ans. Ces vols surviennent souvent sur les aires de repos. Les malfrats s’emparent de n’importe quel type de marchandises et s’intéressent aussi bien à des appareils électroniques coûteux qu’à des cargaisons de tabac, en passant par des stocks de chocolat ou de crème à raser. Selon Europol (European Police Office), l’équivalent de 8,2 milliards de dollars de marchandises sont volées chaque année en Europe. Si l’on additionne tous les coûts annexes, tels que les réparations, le fret de remplacement et les interventions de police, ce chiffre grimpe considérablement.

« Ces attaques constituent une grave atteinte à la sécurité à laquelle les conducteurs routiers ont droit dans l’exercice de leur métier. Elles représentent également une menace pour les sociétés de transport et les marchandises de valeur dont elles sont responsables dans le cadre de leur activité de service. Enfin, même le client final pâtit de ces vols de fret puisqu’il est confronté à des retards de livraison. » affirme Per-Anders Grösfjeld, directeur marketing des systèmes d’information de transport chez Volvo Trucks.
On pourrait facilement croire que l’Europe occidentale est une région relativement sûre par rapport à d’autres régions du monde mais les statistiques d’Europol révèlent que de nombreuses contrées d’Europe de l’Ouest sont des zones à risque en matière de vols de fret, tout autant que la Russie, le Mexique et le Brésil.
Il y a 10 ans environ, les vols se déroulaient le plus souvent dans les zones de fret et les entrepôts. Pour y pallier, on a construit des murs, mis en place des barrières et instauré des contrôles rigoureux mais au final, on n’a fait que déplacer le problème. Aujourd’hui, les routes sont devenues le terrain d’action de cette criminalité organisée et les camions longue distance leurs victimes. C’est en effet lors de son acheminement que le chargement est le plus exposé au vol, selon Europol.
Les auteurs de ces méfaits sont souvent des organisations criminelles internationales mais pour autant, la coopération policière transfrontalière s’est avérée plutôt inefficace. Les statistiques relatives aux crimes dans l’industrie du transport sont peu fiables car la police ne considère pas le transport comme une catégorie à part entière et ne coordonne pas d’actions contre ce nouveau type de crime organisé. Cependant, face à la montée en flèche de la piraterie routière et des actes de violence commis à l’encontre des conducteurs routiers, l’Union européenne a décidé d’agir.
Anne E Jensen, membre suppléant du comité des transports au parlement européen, fait campagne de longue date pour que ce fléau soit éradiqué.
Anne E Jensen
« Les camions longue distance constituent un maillon très vulnérable de la chaîne logistique et donc un risque majeur pour les conducteurs », déclare-t-elle avant d’expliquer que ce risque accru dans la profession peut décourager des vocations. « Si le transport routier s’effondre, c’est la croissance et la société en général qui vont en pâtir », affirme-t-elle.
Depuis quelques années, Anne E Jensen travaille en collaboration avec l’Union européenne afin de créer des aires de stationnement sécurisées pour les conducteurs routiers. C’est dans le cadre du projet SETPOS regroupant les différentes parties prenantes que les centres routiers seront sécurisés. Ces sites seront ainsi gardiennés et dotés d’une clôture sur tout leur périmètre de manière à ce que les conducteurs puissent dormir sereinement et en toute sécurité sans avoir à se soucier de la protection de leur chargement ou des risques d’agression. Il existe à ce jour cinq sites de ce type : deux en Allemagne, un en Grande-Bretagne, un en France et un en Belgique. « Mais beaucoup d’autres sont en prévision. Rien qu’en Europe, au moins 200 centres routiers sécurisés sont nécessaires », affirme Anne E Jensen.
Le crime organisé a compris que le vol de fret sur les routes présentait peu de risque pour un gain potentiel énorme. C’est pourquoi il est de plus en plus fréquent que des poids lourds entiers se fassent détourner, souvent à main armée. Un important chargement se vole facilement et rapidement, et peut être rechargé en moins d’une heure dans d’autres véhicules, disparaissant sans laisser de trace. La police n’a alors aucune chance de retrouver les malfrats.
Volvo Trucks a décidé de lutter contre ce fléau et propose des systèmes de protection
En tant que constructeur de camions, Volvo Trucks a décidé de lutter contre ce fléau. Pour ce faire, la société a considéré le problème sous deux angles : celui du conducteur et celui du véhicule.
Afin de protéger les transports de marchandises, Volvo Trucks a lancé Security Services, une nouvelle fonction intégrée à son système d’information de transport Dynafleet en Europe. Grâce à ce système, le camion bénéficie d’une surveillance permanente.
Fruit d’un partenariat entre Volvo Trucks et Securitas, ce service permet aux conducteurs d’alerter la police ou le centre d’appels Securitas en appuyant simplement sur un bouton d’alarme en cas d’urgence. Un signal est envoyé au contre d’appels de Securitas, qui avertit à son tour l’entreprise de transport ou les services de police locaux. Le conducteur peut aussi contacter directement ce service via un téléphone mobile. « Néanmoins, le secteur du transport a encore beaucoup à faire pour régler véritablement le problème », affirme Jonas Thorngren, expert en sécurité du transport du groupe Volvo.
Ainsi, avec un partenaire externe, Volvo Trucks développe actuellement une sellette d’attelage verrouillable qui peut être commandée à distance, évitant ainsi que la remorque ne soit désolidarisée du camion et ne disparaisse. Volvo Trucks propose un autre système de protection qui va encore plus loin et qui empêche le vol du camion et de sa remorque. A l’aide d’une alarme manuelle ou d’un système déclenchant une alerte dès que le camion sort d’un périmètre géographique donné, il sera possible soit d’empêcher le redémarrage du camion soit de réduire progressivement sa vitesse jusqu’à son arrêt définitif. Le conducteur n’ayant aucun contrôle sur le processus, sa sécurité n’est pas mise en péril. « Ceci dit, la solution ne se limite pas à la simple technologie. Les connaissances du conducteur et ses habitudes sont extrêmement importantes », explique Jonas Thorngren.
Jonas Thorngren (Photo : Mats Tiborn)
Selon une nouvelle directive européenne, chaque conducteur doit suivre au moins 35 heures de formation sur une période de cinq ans. Volvo Trucks a développé un programme de formation visant à sensibiliser les conducteurs routiers sur leur sécurité. L’objectif de cette formation est, d’une part, de les informer des situations potentiellement dangereuses et donc de réduire le risque d’être victime d’un crime et, d’autre part, de réduire le niveau de risque en cas d’attaque.
« Lorsque les criminels réaliseront que les systèmes de protection du camion les obligent à s’exposer à des risques accrus et que le conducteur ne prend, lui, aucun risque, nous sommes convaincus que rares sont ceux qui trouveront que le jeu en vaut encore la chandelle », explique Jonas Thorngren.
Texte : Mats Tiborn
« Il est important d’être vigilant »
Hubert Seufert adore son métier de conducteur routier qu’il exerce depuis 30 ans. Mais depuis qu’il a été drogué et dépossédé de son chargement sur une aire de repos en France il y a quelques années, il prend davantage de précautions. « Aujourd’hui, tous les conducteurs routiers vivent dans la peur d’être volés », affirme-t-il.
Il s’est réveillé car il faisait trop chaud dans sa cabine. Il avait du mal à respirer car il manquait d’air. Huber Seufert, qui n’a pas avalé une goutte d’alcool depuis des années, explique qu’il avait l’impression d’avoir une terrible “gueule de bois”. Lorsqu’il a réussi à s’extirper de la cabine, il ne sentait plus ses membres et avait du mal à réfléchir. Il avait en outre une terrible odeur dans les narines.
« J’avais l’impression de ne plus être un être humain. C’est comme si le monde autour de moi n’existait pas, et au début je n’ai même pas réalisé que mon collègue se tenait près de moi et criait ‘On m’a volé mon chargement, mon boss va me virer’ », se rappelle-t-il.
Une minute plus tard, Hubert Seufert découvrait le trou béant dans la bâche de son camion et réalisait que, lui aussi, venait d’être victime d’un vol. L’incident s’est produit il y a deux ans mais Hubert Seufert s’en souvient parfaitement. Il a ensuite repris conscience et s’est précipité vers l’arrière de son camion pour constater la rupture du plomb de sa remorque et découvrir les portes béantes. Cinq palettes de lecteurs de DVD avaient disparu.
Il était dix heures du matin et Hubert Seufert avait déjà cinq heures de retard. Hubert, qui n’avait pas pour habitude de traîner en chemin, réalisa que Philips Allemagne allait devoir attendre un bon moment la livraison de son chargement en provenance de son entrepôt français.
« Je m’étais arrêté sur une aire de repos à la frontière belge pour faire un somme. Mon téléphone portable et mon réveil étaient réglés pour me réveiller à 5 heures mais je ne les ai pas entendus », affirme-t-il.
Pas étonnant lorsque l’on sait que les voleurs avaient pulvérisé du gaz par la vitre latérale de la cabine qu’Hubert avait laissé ouverte pour avoir un peu d’air frais. Lorsque les policiers français sont arrivés sur les lieux, ils ont expliqué à Hubert qu’il avait eu de la chance et qu’il devait sa survie au fait qu’il ait laissé sa fenêtre ouverte. Si le gaz ne s’était pas dilué dans de l’air frais, il aurait pu mourir asphyxié à l’intérieur de sa cabine. Aujourd’hui, Hubert Seufert est encore tout retourné de ce qui lui est arrivé.
« J’évite de dormir sur une aire de repos non sécurisée, et pour me simplifier la vie, mon boss m’a installé une climatisation dans la cabine pour que je n’ai pas à ouvrir les vitres », explique-t-il, avant d’ajouter que la plupart des conducteurs ont déjà été confrontés à ce genre d’incidents. Hubert Seufert raconte que certains de ses collègues ont été littéralement braqués et contraints de quitter leur cabine pour assister impuissants au détournement de leur camion ; il explique aussi qu’il ne connaît aucun conducteur qui ne ressente une certaine peur au fond de lui.
Aujourd’hui, il fait en sorte de s’arrêter dans des stations de ravitaillement avec des installations spécialisées (autohof). Il s’arrange également pour bloquer les portes de son camion à l’aide d’une sangle de manière à ce qu’elles ne puissent pas être ouvertes de l’extérieur. En outre, il n’aime pas que la remorque soit scellée car cela indique que le camion transporte des marchandises de valeur.
Que s’est-il passé après le vol ? Philips a été indemnisé par sa compagnie d’assurance mais Hubert Seufert explique qu’il ne sait pas ce qu’il est advenu des voleurs.
« Je n’en ai aucune idée. Je ne sais même pas qui ils sont, même si je suspecte un groupe de jeunes gars qui rodaient sur l’aire de repos. Ils circulaient sur l’aire en demandant de la nourriture à tous les conducteurs mais je pense qu’en fait ils repéraient les chargements. Il est important d’être vigilant », conclut Hubert Seufert.
Nom : Hubert Seufert
Age : 54 ans
30 années dans la profession
Domicile : Castell, 350 habitants, près de Würzburg dans le sud de l’Allemagne
Employeur : Gegner Transporte
Véhicule : Volvo FH12, Globetrotter